Introduction : Entre village et territoire, une question de liens

À Aveluy, parler de projets urbains, c’est toujours parler d’avenir. Mais cet avenir ne se construit pas en vase clos. Bien plus que la simple addition de maisons ou de voiries, l’urbanisme d’un village, c’est un tissage de décisions, d’envies locales, de contraintes parfois, et d’opportunités souvent venues d’ailleurs. Au fil des décennies, notre commune, comme tant d’autres, s’est vue évoluer au sein d’entités plus larges. Parmi elles, l’intercommunalité joue aujourd’hui un rôle indispensable. Mais qu’implique cette organisation pour Aveluy, concrètement, dans ses choix, ses chantiers et son paysage urbain au sens large ? C’est ce que nous allons explorer dans cet article, pour mieux saisir ce que l’évolution de nos rues, de nos équipements et de nos espaces verts doit à cette coopération.

L’intercommunalité : qu’est-ce qui se cache derrière ce mot ?

L’intercommunalité, pour dire les choses simplement, c’est la coopération entre plusieurs communes voisines, qui décident de travailler ensemble sur certains dossiers. Aveluy fait ainsi partie de la Communauté de communes du Pays du Coquelicot (CCPC), fondée en 2002 et qui compte aujourd’hui 65 communes. Plutôt que de tout porter seules, les communes regroupent certains moyens pour des sujets aussi variés que la voirie, le développement économique, l’environnement, mais aussi, et c’est notre sujet, l’urbanisme et l’aménagement du territoire. La mutualisation a un double avantage :

  • Meilleure gestion des ressources (humaines, techniques, financières).
  • Vision globale sur un bassin de vie cohérent (logement, mobilité, emplois, services, etc.).
Cela ne signifie pas que la spécificité de chaque village disparaît. Au contraire : le but est d’intégrer les besoins de chacun dans des stratégies globales.

Les procédures d’urbanisme partagées : qui décide quoi ?

Depuis la loi ALUR en 2014, de nombreux outils d’urbanisme sont devenus intercommunaux :

  • Le Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi) : remplaçant peu à peu les anciens plans communaux. Il sert de feuille de route et dicte l’usage des sols pour l’ensemble des communes de la CCPC, dont Aveluy.
  • Secteurs d’aménagement : zones dédiées aux futurs logements, activités, commerces ou espaces verts, pensé à l’échelle intercommunale.
  • Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT) : adopté en 2010 pour l’arrondissement de Péronne, il planifie la stratégie sur 10-20 ans (source : CAUE de la Somme).
Les élus de chaque commune siègent au conseil communautaire et participent aux décisions. Aveluy y envoie ses représentants, qui font entendre la voix du village. Mais, concrètement, ce que cela change :
  • Des règles d’urbanisme harmonisées : un opérateur immobilier ne peut plus compter sur douze règlementations différentes, la CCPC vise l’équité.
  • Des projets mutualisés : rénovation de la salle polyvalente, création d’une piste cyclable ou lotissements, tout se discute collectivement.
  • Un dialogue renforcé entre élus, techniciens et habitants (concertations publiques).

Quelques exemples concrets à Aveluy et alentours

Pour illustrer ce rôle clé, rien ne vaut quelques cas locaux :

  • Opération de lotissement communal (2018-2022) : C’est en lien étroit avec la CCPC qu’Aveluy a pu réhabiliter deux terrains devenus vacants après la fermeture d’exploitations agricoles, pour y créer 12 lots destinés à l’habitat, tout en respectant le nouvel équilibre défendu par le PLUi (densification sans empiétement excessif sur les terres agricoles ; source : Agglo Amiens, dossier habitat).
  • Création d’une aire de covoiturage (2021) : Situé près de la D929, ce projet a vu le jour grâce à un fonds mutualisé porté par l’intercommunalité. Le site bénéficie à Aveluy, mais aussi à Méaulte, Albert et Pozières.
  • Réhabilitation de l’école et adaptation aux normes PMR (2022) : L’expertise technique et le financement sont venus en partie de la CCPC, qui accompagne la transition des bâtiments publics vers l’accessibilité. La mutualisation a permis un appel d’offres plus compétitif et la mise en conformité de trois écoles voisines en coordination.
  • Programme “Zéro phyto” : Pour abolir le recours aux pesticides dans l’entretien des bordures et places, tout en accompagnant la montée en charge de la gestion différenciée, Aveluy a bénéficié du partage d’expérience et de l’encadrement de la commission environnement de la CCPC.

On le voit : ce sont des dossiers souvent techniques, qui bénéficient d’un accompagnement ou d’un financement direct de la communauté de communes. Le village seul aurait rarement eu les moyens de les porter.

Parlons chiffres : investissement et financement

L’intercommunalité dispose de leviers financiers plus puissants qu’une petite commune seule :

  • Le budget d’investissement de la CCPC s’élevait en 2022 à 11,8 millions d’euros, dont 42% consacrés à l’aménagement, la voirie et l’habitat (source : rapport d’activité CCPC 2022).
  • Sur un projet typique, la CCPC peut prendre en charge 30 à 70% du coût, le reste relevant d’aides de l’État, du Département, ou d’un autofinancement communal.
  • La CCPC porte aussi les dossiers de demandes de subventions (ANAH, Région, etc.), avec un taux de réussite souvent bien supérieur aux demandes isolées.
  • En 2021, 31 dossiers d’urbanisme ont été instruits avec le concours de l’intercommunalité (contre 12 en 2014 ; source : Pays du Coquelicot – Urbanisme).

La concertation : habitants au centre de l’intercommunalité

L’un des grands changements provoqués par l’intercommunalité, c’est la large place donnée à la concertation. Une façon de recueillir la parole des habitants et de l’intégrer (vraiment) dans les projets :

  • Chaque révision du PLUi impose des réunions publiques : deux pour la dernière période 2019-2021, plus une enquête en ligne et un cahier de suggestions déposé à la mairie.
  • Pour les gros projets (nouveau parking, extension de la zone artisanale au sud d’Albert), la CCPC organise des ateliers citoyens où chaque village voisin peut faire entendre ses priorités.
  • Le Conseil de Développement, une structure consultative composée d’habitants et d’acteurs locaux, formule chaque année des recommandations, suivies ou non par les élus.
Cela prend du temps et tout ne se réalise pas, mais la dynamique de dialogue a progressé.

Quels défis, quelles limites ?

La coopération, loin d’être un long fleuve tranquille, se heurte à plusieurs écueils :

  • Temporalité : L’échelle intercommunale allonge souvent les délais (concertations successives, attentes de subventions, etc.).
  • Sentiment de dilution : Parfois, les petits villages craignent que les “gros dossiers” aillent en priorité aux communes les plus peuplées, ou que leur spécificité soit perdue dans la masse.
  • Adaptabilité : Les règlements, une fois partagés, deviennent parfois trop rigides, moins adaptés à la diversité des territoires.

Sur ces questions, le dialogue constant entre les maires, les référents urbanisme et les habitants reste le meilleur levier. Localement, il en ressort une vigilance accrue sur la préservation de l’identité d’Aveluy et le refus de certains grands projets jugés démesurés.

Perspectives : comment tirer le meilleur parti de l’intercommunalité ?

Ce système évolue sans cesse, en tenant compte tant des réalités économiques que des enjeux écologiques. Quelques pistes envisagées pour l’avenir :

  • Développer la participation citoyenne, à travers les budgets participatifs, les appels à idées pour les aménagements temporaires ou les nouveaux usages des lieux.
  • Meilleure prise en compte de la transition écologique : adaptation du bâti, gestion des eaux pluviales, création d’îlots de fraîcheur et renaturation des friches.
  • Solidarités renforcées entre les communes, pour éviter l’hyper-concentration des services autour des plus grosses localités (Albert, Bray-sur-Somme…) au détriment des villages comme Aveluy.
  • Soutien technique accru pour aider les villages à monter leurs dossiers et à saisir toutes les opportunités de financement (fonds européens, régionaux, etc.).

La clé : rester acteur à chaque niveau, dans les conseils municipaux comme dans les instances intercommunales, mais aussi dans la vie quotidienne, en participant aux réunions, en posant des questions, en proposant des idées. Avec l’intercommunalité, l’urbanisme à Aveluy n’est plus l’affaire de quelques-uns, mais un projet ouvert, tissé de beaucoup de voix – autant d’occasions d’inventer ensemble le village de demain.

En savoir plus à ce sujet :