Un village façonné par la pierre et les hommes

Àveluy, niché à mi-chemin d’Albert et de la vallée d’Ancre, porte sur ses pierres les traces d’un passé à la fois simple et mouvementé. Ici, rien de grandiloquent : mais une église reconstruite après la Grande Guerre, un lavoir qui se confond avec la rivière, des maisons en brique à pignons pointus, quelques fermes à la toiture massive qui gardent la mémoire d’un Aveluy agricole.

Préserver ce patrimoine, c’est veiller à l’âme du village. Depuis plusieurs années, dans l’ombre ou à la lumière, des initiatives tentent de réconcilier modernité et respect de l’histoire locale. Cette préservation n’est pas toujours spectaculaire : elle avance par petites touches, au gré des moyens, des rencontres, de la ténacité d’associations ou de particuliers.

L’église Saint-Pierre : cœur battant et chantier emblématique

Impossible d’évoquer le patrimoine bâti à Aveluy sans citer l’église Saint-Pierre. Presque entièrement détruite par la Première Guerre mondiale, elle est rebâtie de 1924 à 1927, sur les plans de l’architecte Delefortrie. Son allure massive, ses briques rouges et blanches, ses vitraux sobres et lumineux l’inscrivent dans la reconstruction des villages de la Somme, exemple typique du style régionaliste de l’entre-deux-guerres.

L’usure du temps n’a pas épargné le bâtiment : infiltrations d’eau, ravalement des parements de briques, fenêtres détériorées. Dès 2018, la commune engage des démarches pour rénover la toiture du clocher, avec le soutien du Conseil Départemental et une subvention de la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles – source : Département de la Somme). En 2020, la commune obtient de nouveaux financements pour restaurer la sacristie et remplacer plusieurs vitraux.

Un des projets phares : la numérisation des archives paroissiales et des photographies anciennes, permettant de reconstituer l’histoire du monument, de la destruction à la reconstruction. À chaque messe, chaque cérémonie, l’église reste un point d’ancrage, mais aussi un symbole vivant de la résilience d’Aveluy.

Le lavoir de l’Ancre : discrète renaissance d’un patrimoine modeste

Le lavoir d’Aveluy, en bordure de l’Ancre, fait partie des rares rescapés du XIXe siècle, alors que la plupart des villages voisins ont perdu les leurs. Longtemps laissé à l’abandon, il a fait l’objet en 2016 d’un chantier mené par les Bénévoles du Patrimoine (groupe local informel) avec l’aide technique de la communauté de communes du Pays du Coquelicot (source).

La restauration, toute modeste, a consisté à :

  • Dégager la structure envahie par la végétation 
  • Remettre en état la toiture en tuiles et en ardoises 
  • Restaurer les margelles en pierre et sécuriser l’accès 
  • Installer une signalétique patrimoniale
Ce chantier a reçu en 2018 une mention spéciale lors des Journées du Patrimoine de Pays, en reconnaissance du travail bénévole.

Aujourd’hui, le lavoir n’est plus utilisé pour la lessive, mais il retrouve un usage convivial : point d’accueil lors des randonnées, halte pour les promeneurs, cadre de quelques expositions éphémères au printemps. Sa restauration a aussi servi de déclic : plusieurs riverains se sont lancés dans l’entretien des petits murets et du chemin qui mène à l’Ancre.

Maisons rurales et fermes d’antan : sauvegarder l’esprit des lieux

Àveluy ne compte pas de château, mais son tissu de maisons rurales est typique de la région. Plusieurs initiatives privées ont vu le jour ces dernières années pour restaurer concrètement ce patrimoine :

  • Reprise de pignons en briques anciennes 
  • Pose de volets en bois façon époque
  • Réfection de portails en ferronnerie, avec les techniques d’autrefois

La commune, de son côté, a initié en 2019 une incitation à la rénovation respectueuse dans le cadre de l’OPAH (Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat), dispositif relayé par la CAUE (Conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement de la Somme - source). Un guide local de bonnes pratiques a aussi été distribué lors de plusieurs réunions publiques.

La réhabilitation de la ferme Picard, rue de Bonchamps, s’illustre par la sauvegarde d’une grange du XIXe abritant un rare pressoir familial : les propriétaires, avec l’aide du Fondation du patrimoine et de bénévoles, y organisent depuis 2021 des portes ouvertes lors des Journées du Patrimoine, recueillant le témoignage des anciens.

Jeunesse et patrimoine : transmettre, raconter, impliquer

Il ne s’agit pas seulement de sauver la pierre, mais de créer une mémoire vivante. C’est l’objectif du projet « Aveluy, rues et visages », initié en 2022 par l’école du village, les aînés du club Les Amis d’Aveluy et la bibliothèque municipale. Ce projet intergénérationnel propose aux élèves de recueillir les souvenirs, photos et anecdotes des habitants anciens.

Parmi les modalités du projet :

  • Enregistrement sonore de récits sur la reconstruction du village
  • Réalisation d’une exposition itinérante, présentée au marché de printemps puis lors de la fête du village
  • Ateliers de dessin des maisons emblématiques, qui seront reproduites sur les panneaux d’entrée d’Aveluy

Ce projet est reconnu dans les trois écoles du canton : il a reçu une aide de la DRAC en 2023 et a permis une première édition d’un carnet de témoignages, distribué à tous les élèves et disponible à la mairie. L’idée d’inscrire des QR codes devant quelques sites patrimoniaux (église, anciens commerces, ferme Picard) a également émergé, permettant d’accéder à des histoires racontées par les habitants eux-mêmes.

Actions associatives et citoyennes : la force du collectif

Au-delà des chantiers menés par la commune, plusieurs projets naissent aussi de l’engagement bénévole :

  • Chaque printemps, le collectif des « Pierres d’Aveluy » organise une randonnée commentée, où étapes et anecdotes illustrent la vie du village autrefois (Programme 2023 : 80 participants, une douzaine de haltes thématiques)
  • Plusieurs appels aux dons à l’occasion de la rénovation de la Croix de l’Ancre, symbolique pour les familles locales et objet de mémoire collective
  • Repérage et entretien des anciens puits du village, certains datant de plus de 120 ans, avec sensibilisation du public lors des Portes Ouvertes
  • Création, en 2024, d’un répertoire photographique en ligne collaboratif, invitant les habitants à poster images d’archives privées et cartes postales anciennes

Cette dynamique associative complète l’action publique, favorise l’appropriation du patrimoine par tous, et renforce l’identité locale.

Et demain ? Les perspectives de la préservation patrimoniale à Aveluy

Consciente de la fragilité de son patrimoine bâti, la commune d’Aveluy envisage plusieurs pistes :

  • Poursuivre la restauration des façades anciennes avec le soutien régional
  • Sensibiliser les habitants aux subventions ponctuelles (notamment de la Fondation du patrimoine, du CAUE et du Conseil départemental de la Somme), en relayant mieux les informations
  • Mettre en place, à l’horizon 2025, un « sentier patrimoine » accessible, reliant les principaux sites bâtis du village, accompagnés de panneaux didactiques et de témoignages audio
  • Appuyer une réflexion sur l’accessibilité et la valorisation du patrimoine cultuel, en lien avec les offices et festivités locales

La collaboration se poursuit également avec le Pays du Coquelicot pour favoriser la restauration des éléments paysagers attenants (haies anciennes, mares, chemins de traverse), indissociables du bâti dans la perception de l’identité villageoise (source).

D’un patrimoine à l’autre, l’élan continue

La préservation du patrimoine bâti à Aveluy ne peut se résumer à une seule politique ou à des travaux spectaculaires. C’est un patchwork d’initiatives, portées par la commune, les associatifs, les familles, souvent sans moyens considérables, mais avec la volonté de raconter, de transmettre, d’entretenir des traces visibles et invisibles. Chaque mur restauré, chaque récit recueilli, chaque photo resurgissant d’une boîte à chaussures contribue à faire d’Aveluy un village vivant, un lieu d’attachement qui ne tourne pas le dos à son histoire.

Le patrimoine, ici, n’est pas figé : il se partage, s’enrichit, et attend, sans bruit, les mains, les idées, les souvenirs de celles et ceux qui s’y reconnaissent, qu’ils soient de passage ou enracinés depuis des générations.

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